En jetant un coup d’oeil aux commentaires pouvant suivre, sur différents sites*, l’excellent vidéo que voici, il semble que, plus souvent qu’autrement, la percutante critique effectuée par Jeff Daniels à l’endroit de son pays aura finalement valu à ce dernier de simplement se faire taxer, « d’anti-américain »…

The most honest three and a half minutes of television, EVER…

Ainsi, les Américains auraient donc ce point commun avec les Israéliens que, pour eux, toute critique semblerait perçue en bout de ligne comme ni plus ni moins qu’un manque de patriotisme, sinon un signe de trahison envers son pays.

Autrement dit, le message dominant au pays de l’Oncle Sam serait apparemment le suivant : « n’osez surtout pas élever la voix contre le sacro-saint empire américain, où vous serez considérés comme des traîtres et traités en tant que tel »… N’est-il pas pour le moins paradoxal de constater que, chez ceux qui se flattent eux-mêmes d’habiter le « Pays de la Liberté », la règle régissant réellement les débats publics rappelle plutôt celles qui sont en vigueur dans tout régime de terreur, et notamment dans les régimes dictatoriaux ou totalitaires, qui d’ailleurs n’ont même pas la prétention d’être démocratiques, ou de même vouloir le devenir ?

Et si l’on cherchait à s’expliquer un peu le « raisonnement » pouvant sous-tendre une telle façon de concevoir la « liberté d’expression », ne serait-on pas alors emmené à supposer quelque chose du genre : « si vous aimez votre pays, vous ne commencerez surtout pas à le critiquer » ?

Mais si ce genre de raisonnement s’avère si intelligent, ne devrait-il pas s’appliquer autant entre amis qu’en rapport à son pays ?

Devrait-on alors conclure que la plus grande faveurs que l’on puisse faire à un ami soit de ne jamais le critiquer, même si celui-ci devait faire quelque chose d’évidemment irrationnel ou de contraire à son propre intérêt ?

Est-ce donc ainsi que l’on conçoit l’amitié chez nos voisins du Sud ? En laissant son ami s’enfoncer dans ses propres problèmes, sous prétexte de ne pas le critiquer, afin de ne surtout pas brusquer son précieux ego ?

Faudrait-il donc déduire que le fait de préserver et d’encenser son ego représenterait pour les Américains la priorité absolue, tant au niveau relationnel que national, même si cela requiert de se fermer les yeux et les oreilles devant toute critique, ce qui revient donc à continuer encore et toujours d’ignorer ses problèmes, et à se laisser ainsi sombrer dans la déchéance ?

Et dans ce cas, ne faudrait-il pas reconnaître qu’en affirmant et en démontrant que les États-Unis ne constituent pas le plus grand pays du monde, Jeff Daniels ne fait pas que répéter une évidence, mais se trouve en fait à mettre en lumière, de par la critique qu’il peut justement en faire, ce qui s’avère manifestement le problème le plus fondamental et donc le plus pressant de ces concitoyens, soit bien sûr cette obstination à vouloir se penser meilleurs que les autres, et à vouloir ainsi vivre dans un continuel déni de la réalité ?

Et en ce sens, ne se trouve-t-il pas à prouver que la critique peut s’avérer non seulement utile ou nécessaire, mais carrément salutaire ?

Et en bout de ligne, si quelqu’un veut se comporter comme un réel ami, que ce soit envers une personne ou un pays, ne devrait-il pas démontrer en fait qu’il n’a pas peur de le critiquer ?

Alors si l’on veut donc se retrouver avec de véritables amis, ne devrait-on pas veiller à faire en sorte qu’ils n’aient justement pas peur de nous critiquer, plutôt que de faire exactement l’inverse ?

Et ne devrait-on pas se montrer capable d’ouverture envers toute saine critique pouvant provenir des autres, et surtout de la part de ceux qui nous connaissent, et qui ne pourraient sans doute mieux démontrer leur amour qu’en sachant nous critiquer au besoin ?

Et en ce sens, ne devrait-on pas commencer par respecter au départ le principe même de la liberté d’expression, comme les Américains sont d’ailleurs les premiers à prétendre le faire ?

Ainsi, et comme cela s’avère si souvent le cas, la véritable question ne serait-elle pas tout simplement de joindre l’acte à la parole, en réalité ?

* Voici d’ailleurs quelques exemples de tels sites où toute critique de l’empire américain semble donc passible d’un verdict de haute trahison…

http://forum.sbrforum.com/saloon/1821116-most-honest-three-half-minutes-television-ever.html

http://www.reddit.com/r/videos/comments/xei5/the_most_honest_three_and_a_half_minutes_of/)

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