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Lorsque l’on commence à parler de désobéissance civile, on peut difficilement faire autrement que de citer les noms de ceux qui, à ce chapitre, auront justement pu voir leurs noms retenus par l’histoire, soit notamment ceux de Gandhi, Martin Luther King, Nelson Mandela, le Dalaï Lama ou Aung San Suu Kyi, sans parler de Jésus lui-même…

Or d’après ma propre expérience personnelle, un problème auquel on risque assez rapidement de s’exposer, si l’on ose affirmer que l’on ne cherche qu’à suivre l’exemple de tels modèles (car n’est-ce pas précisément ce à quoi les modèles servent, après tout ?), c’est de se faire accuser de se « prendre pour un autre »… Examinons donc ensemble cet argument pour voir s’il tient moindrement la route.

Pour commencer, quel est au juste le genre de modèle que la société préférerait nous voir suivre ? En d’autres termes, quel sont les « role models » que l’on pourrait facilement mentionner, sans pour autant passer pour un prétentieux ? Je ne sais pas pour vous, mais personnellement, je pense aussitôt aux genres « d’idoles » que les enfants adoptent tout naturellement, ce qui n’emmènera habituellement leurs parents qu’à sourire avec bienveillance, quant ceux-ci ne vont pas jusqu’à carrément s’employer activement pour permettre à leurs enfants de suivre autant que possible les traces de leurs idoles.

Or, quels sont-ils, justement ? On peut évidemment penser tout d’abord, pour les « p’tits gars », aux joueurs de hockey ou aux autres vedettes du sport, aux superhéros ou aux lutteurs, pour ne mentionner que ceux là… Dans le cas des petites filles, on parlera plutôt, bien sûr, d’actrices, de mannequins ou de chanteuses pouvant aller de Lady Gaga à Hannah Montanah, ce qui, par exemple, tendra tout naturellement à inciter ces enfants à imiter leurs idoles dans leur accoutrement vestimentaires, qu’il s’agisse, pour reprendre le cas d’Hannah Montanah, de celui d’une chanteuse country à celui d’une danseuse des plus légèrement vêtues…

Comme nous venons d’en convenir, le fait que les enfants choisissent de tels « rôle models » pose rarement de problèmes pour leurs parents, même si l’on sait qu’en adoptant une quelconque personne comme modèle, on pourra difficilement faire autrement qu’en venir, tôt ou tard et d’une façon ou d’une autre, à suivre leurs pas…

Pourquoi ne pas se demander, dès lors, si les modèles suivis par nos enfants méritent justement d’être suivis ? Si, par exemple, tous les « p’tits gars » se mettaient en tête de devenir des joueurs de hockey, s’il devaient se voir encouragés en ce sens par leurs parents, et si ce beau plan devait réussir et que tous ces enfants finissent par bel et bien devenir des joueurs de hockey, serions-nous, comme société, moindrement plus avancés ? De même, à quoi notre société ressemblerait-elle si toutes les jeunes filles décidaient de suivre à la lettre l’exemple de Lady Gaga ou d’Hannah Montana ?

Maintenant, je vous rappelle que pendant que notre société tolère, quand elle ne voit pas carrément d’un bon oeil, le fait que nos « générations futures » choisissent de tels modèles, on prend soin de nous rappeler, dès que l’on a l’impertinence de mentionner un nom comme celui de Gandhi, de ne surtout pas commencer à vouloir « péter plus haut que le trou » !…

Cela m’emmène donc à poser cette question plutôt fondamentale : à quoi sert donc le fait de désigner des personnes comme des modèles, si ce n’est pour ensuite suivre leur exemple ?

De même, si certains individus sont généralement reconnus comme ce que l’humanité aura produit de meilleur, mais que l’on interdit du même souffle le fait de chercher à suivre leurs pas, quel message se trouve-t-on au juste à communiquer ? Qu’il ne faut surtout pas rechercher à agir de la façon la plus exemplaire ? Qu’il ne faut donc surtout pas vouloir ce qu’il y a de mieux ?

Je me demande bien ce que penseraient justement Jésus ou Gandhi s’ils devaient constater que l’on s’empêche aujourd’hui de faire comme eux pour toutes sortes de prétextes futiles, tandis que nos jeunes hommes comme nos jeunes filles paraissent n’avoir d’autre idée que de chercher à avoir un physique développé et aussi visible que possible, tandis que leurs parents semblent pratiquement les encourager en ce sens…

Au fait, pourquoi ces hommes illustres se sont-il comportés de la sorte, si ce n’est pour qu’on suive la trace qu’ils ont laissée ? D’ailleurs, n’ont-ils pas justement pris soin de préciser que c’est justement ce qu’ils nous « encourageaient fortement » à faire, à en juger par le nombre de fois où l’on peut retrouver, dans le Nouveau Testament, l’expression « Suivez-moi ? »…

Et au départ, si les hommes et femmes dont je vous parle en sont arrivés à développer ou adopter l’approche que l’on désigne aujourd’hui sous le terme de « désobéissance civile », n’est-ce pas parce qu’ils avaient manifestement conclu qu’ils n’avaient d’autre choix que d’emprunter une telle avenue, ou que celle-ci représentait encore la meilleure façon d’arriver à transformer, et ce d’une façon aussi puissante que pacifique, la société et la culture, en commençant donc par provoquer une changement de paradigme au sein de la conscience même des gens qui les entouraient, ainsi que de celles des générations qui les auront suivis ?

Si nous tenons encore moindrement à l’avancement de la société, la désobéissance civile ne peut sans doute faire autrement, en bout de ligne, que de s’avérer plus ou moins incontournable d’une époque à l’autre, et donc même aujourd’hui, quoique les « combats » à mener en ce sens ne soient évidemment pas les mêmes que ceux que de s’avérer nécessaires à d’autres lieux et à d’autres époques, que l’on parle de celle de l’apartheid en Afrique du Sud ou de la domination coloniale de l’Inde…

En y repensant, ce n’est peut-être pas une « coïncidence » si la désobéissance civile s’est à peu près toujours vue promue par des figures qui étaient plutôt étroitement associés aux domaines de la religion ou de la spiritualité (dépendemment de notre façon de le voir), et ce non seulement en raison de son caractère foncièrement non-violent et pacifique… En effet, et comme l’histoire n’aura sans doute pas pu le démontrer d’une façon plus claire ou évidente, la désobéissance civile, parmi toutes les façon de chercher à faire avancer la société, représente manifestement celle qui permet de le faire de la façon la plus complète et fondamentale, ou en d’autres termes de la façon la plus puissante et efficace… Le fait d’opter pour cet avenue dénote ainsi plus qu’un simple refus de la violence : il révèle aussi et surtout que celui qui l’adopte cherche en fait à vraiment changer les choses pour le plus grand bien de tous, et donc non seulement en apparence ou en superficie, mais en profondeur et en totalité…

Cela nous conduit ainsi à cette question : sommes-nous encore moindrement intéressés par la perspective de justement «  changer les choses pour le plus grand bien de tous » ? En d’autres termes, recherchons-nous encore réellement le plus grand bien d’autrui comme de soi-même, ce qui, en notre époque, pourrait d’ailleurs difficilement faire autrement que de passer par ne serait-ce qu’un minimum de préoccupation pour la préservation de notre environnement ?

Et si c’est bien le cas, qu’attendons-nous pour suivre l’exemple de ceux qui se seront imposés comme des « maîtres » en matière de désobéissance civile, en commençant donc par nous débarrasser de cette fausse modestie qui nous emmène à ne surtout pas les imiter, tout en recherchant à combler notre « besoin naturel d’exemples à suivre » en nous tournant plutôt vers des « modèles » qui, s’ils devaient se voir suivis de tous, ne pourraient que précipiter et garantir une décadence sociale, comme si celle-ci n’était pas déjà bien assez solidement commencée ?…

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