Les fanatiques ne sont pas toujours ceux que l’on pense jeudi, Juin 12 2014 

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Lorsque l’on démontre une certaine préoccupation quant à la protection de l’environnement, il faut apparemment savoir s’attendre à toutes sortes de réactions des gens de son entourage… Et à en juger par la teneur de certains commentaires qui parfois peuvent être faits à l’endroit de ceux que l’on pourrait désigner comme les « amis de l’environnement », on pourrait croire que ces derniers sont souvent considérées comme devant être « capables d’en prendre », voir même comme méritant qu’on leur rappelle, une fois de temps en temps, de ne quand même pas « trop prendre de place » non plus…

J’ai d’ailleurs pu voir récemment un exemple plutôt frappant de cet état de chose, alors qu’un « ami de l’environnement », qui se trouve également à être une personne de ma connaissance, s’est vue critiquer par une autre personne que je connais, mais ce bien sûr en l’absence du principal intéressé…

Toujours est-il que, dans le but manifestement de discréditer cet « ami », et plus spécifiquement de mettre en doute sa capacité à « joindre le geste à la parole » pour ce qui est de veiller à minimiser son empreinte écologique, on aura émis un commentaire qui me paraît révéler énormément de choses sur le système de pensée de ceux que l’on pourrait désigner, toujours dans un but de simplicité, comme les « sceptiques de l’environnement », et que je pourrais en fait définir comme « ceux qui ne semblent pas nécessairement considérer comme étant particulièrement pressant de se soucier de l’environnement, et plus précisément de le faire d’une façon aussi concrète que systématique »…

Voici donc, essentiellement, ce en quoi consistait ce remarquable argument qu’un « sceptique de l’environnement » aura pu émettre à l’endroit d’un « ami de l’environnement » : « Il peut ben faire son fin, mais tout comme moi, il met du gaz dans son char pour aller à sa job le matin ».

Comme c’est souvent le cas, il me semble que cet énoncé se trouve à parler au moins autant par ce qu’il ne dit pas que par ce qu’il dit.

Pour commencer, c’est un peu comme si cette affirmation était incomplète, et qu’elle nous invitait en fait à en deviner la suite, que l’on pourrait peut-être rendre par les termes suivants : « Comme il met du gaz dans son char, il est pas mieux que moi, alors il est assez mal placé pour dire quoi faire pour l’environnement ».

Ce que je trouve personnellement le plus intéressant avec un argument de ce genre, c’est que plus je l’analyse, et plus je peux y dénicher de nouvelles aberrations.

Prenons par exemple la première « traduction » que je pourrais en faire, et que je formulerais à peu près comme suit : « Hein ! T’es donc ben pas fondamentaliste dans ton environnementalisme ! T’es même pas dogmatique, alors t’as aucune crédibilité ! ».

Je pourrais également m’amuser à expliquer un peu plus en détail la « traduction » que je viens de faire… Et cela pourrait donc donner quelque chose comme ceci : « Moi, je ne respecte que les radicaux et les fanatiques, pis toi, tu n’es qu’un vulgaire modéré qui ose faire des compromis ! Dans le fond, tu ne fais même pas de ton environnementalisme une religion ! Et comme chacun le sait, à quoi cela sert donc d’adopter une philosophie de vie et de faire des efforts en ce sens, si l’on en fait pas une religion ? Et à quoi servent les religions, si l’on ne peut en tirer des lignes doctrinales que l’on doive suivre à la lettre, et surtout si l’on ne peut pas condamner comme hérétiques tous ceux qui osent en défaillir ! »…

Le plus drôle dans tout cela, c’est bien entendu qu’à la base, les « sceptiques de l’environnement » sont sans doute loin d’être conscients que, de par leurs « arguments », ils paraissent invoquer eux-mêmes invoquer la nécessité de se plier à une certaine forme de religion, voire même de fondamentalisme… Mais surtout, ce qui me paraît le plus surprenant, c’est qu’en se faisant, ils se trouvent en fait à « donner des leçons de fanatisme » à ceux qui, de leur propre aveu, sont pourtant plus tout autrement « pratiquants » qu’ils ne peuvent l’être eux-mêmes ! Difficile de trouver, en d’autres termes, un meilleur exemple de la notion de vouloir, ou plutôt de faire comme si l’on était « plus catholique que le pape », et ce tout en exigeant que l’on « fasse comme je dis, mais pas comme je fais » !

Je reviendrai d’ailleurs à ces aspects d’ici quelques lignes… Parce qu’il me semble en effet y avoir encore trop de choses à dire à ce sujet, et je ne peux évidemment pas tout dire en même temps !

Continuons donc, en un premier temps, d’examiner toutes les étranges conceptions que paraît supposer l’argument mentionné plus haut.

  1. À en croire la personne qui l’a formulé, il faudrait dire adieu à la notion d’équilibre : pas question donc de faire la part des choses entre ce qui peut être le plus utile ou nécessaire dans notre mode de vie actuel, non, la « religion environnementaliste » doit être appliquée à la lettre dans tous les contextes, et ce sans exception.
  2. Évidemment, il importe peu de savoir qui au juste, ou quel « pape » justement se trouve à imposer de tels commandements, ou de savoir en fait si de tels commandements aient jamais pu être promulgués… En bout de ligne, ce qui semble donc compter pour les sceptiques, ce n’est manifestement pas les faits et la réalité, mais bien la perception qu’ils peuvent avoir de ceux qu’ils qualifient avec dédain de « tree huggers »…
  3. Peu importe également que des commandements aussi stricts représentent vraisemblablement l’opposé de ce que peuvent préconiser les « sceptiques » de l’environnement, et que l’on pourrait probablement désigner par des termes comme « l’équilibre » ou la « modération »… Autrement dit, c’est un peu comme si les sceptiques préféraient garder pour eux-mêmes de telles valeurs, pour ensuite mieux reléguer les « amis de l’environnement » au cadre fondamentaliste qui aura été créé à leur attention par nul autre que les sceptiques eux-mêmes… Ils se réservent donc le droit de se baser sur les principes qui constituent le fondement de leur position, tout en ordonnant à leurs adversaires de se plier à des dogmes qu’ils sont pourtant les premiers à réprouver, et ce même s’ils en sont manifestement les créateurs, puisqu’ils sont les seuls à y référer.
  4. C’est un peu comme si les sceptiques, finalement, ne souhaitaient surtout pas que les « amis de l’environnement » prennent ce qu’il y a de bon dans leur position, peut-être parce que cela pourrait donc entraîner une harmonisation de deux perspectives qu’ils souhaitent plutôt garder opposées, ou faire paraître comme telles… Et peut-être surtout parce que cela ôterait à leurs « adversaires » une crédibilité à laquelle ils ne voudraient surtout pas les voir accéder…
  5. Exit également les notions, pour ce qui est de réduire son empreinte écologique, d’y aller progressivement et à son rythme, et surtout d’y aller par priorités… Non, car pour les sceptiques, tout doit apparemment être fait tout de suite, et aucune forme d’exception ne saurait être tolérée.
  6. C’est à croire que, selon les sceptiques, il nous faudrait tout bonnement retourner à l’âge de pierre, ou encore vivre comme un sans-abri, ou comme on peut être forcé de le faire dans le Tiers Monde… Car comment interpréter autrement, en effet, le fait qu’il devrait selon eux être un « devoir » pour tous, ou du moins pour ceux qui souhaitent réduire leur empreinte écologique, de purement et simplement abandonner sa voiture ?
  7. Cela nous conduit d’ailleurs à ce paradoxe : à en croire les « sceptiques », les « amis de l’environnement » ne devraient pas être félicités ou valorisés, mais plutôt forcés moralement à en faire toujours plus… Belle façon d’encourager les gens à faire des efforts pour réduire leur empreinte écologique !
  8. En bout de ligne, tout cela dénote en fait une conception de la justice pour le moins originale: ainsi, il semble que selon les « sceptiques », ce soit à ceux qui en font le plus d’en faire toujours plus, tandis que ceux qui en font le moins peuvent non seulement se permettre à peu près tout ce qu’ils veulent, mais peuvent même se permettre de donner des leçons à ceux qui en font plus qu’eux !

Et de toute façon, que proposent les « sceptiques », au juste ? De polluer l’environnement à qui mieux mieux, et de s’assurer que l’on ose surtout pas remettre en question ses habitudes de vie ?

Avec un objectif aussi insensé, ce n’est peut-être pas si étonnant, après tout, de constater que les supposés « arguments » sensés supportés leurs positions soient tout aussi abracadabrants, d’autant plus qu’ils ne servent, selon toute vraisemblance, qu’à maquiller le fait que celles-ci sont justement infondées !

Alors à chacun sa logique !

Charles-Olivier B. Tremblay

Jeudi, 12 juin 2014

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Un réel effondrement économique mondial serait-il donc envisageable ? jeudi, Juin 12 2014 

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Il m’est récemment apparu plutôt frappant de constater, après avoir parlé d’économie mondiale (!) avec certaines personnes de mon entourage, à quel point peuvent converger non seulement leur perception et la mienne, mais également celles de plusieurs experts de la question.

Un constat plutôt essentiel se dégage en fait de toute cette « réflexion collective », à savoir que s’il semble y avoir une faille majeure de l’économie actuelle, c’est que tout y est devenu systémique, de sorte qu’il suffit désormais qu’un bogue moindrement significatif affecte ne fut-ce qu’un seul des aspects fondamentaux de l’économie pour que celle-ci se mette à déraper… Et comme l’économie mondiale est toujours plus « intriquée », des dérèglements généraux peuvent être occasionnés par des « bogues » qui, du moins au départ, pouvaient paraître de moins en moins globaux… S’il avait donc fallu, au début des années 90, que toute l’économie asiatique entre en crise économique pour que le monde entier en ressente les contrecoups, nous avons vu en 2008 qu’il n’a fallu que ce qui n’était au départ qu’une simple crise immobilière, d’abord restreinte aux États-Unis, pour que le monde entier finisse par sombrer dans un ralentissement économique dont nous ne paraissons même pas encore nous être redressés…

Par ailleurs, on pourrait dire que l’économie mondiale se comporte de plus en plus comme s’il s’agissait d’une énorme Bourse, avec toutes les fluctuations et les bulles spéculatives que cela peut impliquer. Après tout, ce n’est pas nécessairement si étonnant, puisque l’économie mondiale s’avère de plus en plus intiment associée, voire enchaînée à la Bourse elle-même, ce qui en soi contribue à accentuer fortement l’ampleur des dérapages lorsqu’ils se produisent. La crise de 2008 en a bien sûr été un exemple éloquent, car tous ont alors pu réaliser que si ce n’avait été des excès des marchés boursiers et des institutions financières, excès que tous se sont empressés de qualifier d’inacceptables (quoique seulement une fois la crise déclenchée, et donc une fois qu’il était beaucoup trop tard pour qu’un tel constat puisse servir à quoi que ce soit…), la crise immobilière américaine n’aurait jamais connu de telles proportions, et n’aurait sans doute même pas eu lieu au départ.

Si la crise de 2008 nous aura permis en bout de ligne de tirer des conclusions aussi fondamentales qu’irréfutables, c’est premièrement que l’économie capitaliste actuelle est loin d’être à l’abri d’une crise majeure, au cas où certains en doutaient encore, et deuxièmement qu’une telle crise peut manifestement se voir causée d’une façon des plus inattendue, comme en atteste le fait qu’à peu près personne n’avait vu venir celle de 2008.

Mais si maintenant nous tentions justement d’être un peu plus prévoyants qu’en 2008, et si nous tentions en fait d’identifier les facteurs qui seraient les plus susceptibles de pouvoir engendrer une prochaine dérive, sur quoi notre attention pourrait-elle donc se poser ?

Le choix est en fait difficile, car ce n’est pas comme si le monde manquait présentement de problèmes, et plus précisément de problèmes assez sérieux pour s’avérer susceptibles d’affecter sérieusement l’économie mondiale dans son ensemble…

Mais s’il est un facteur qui risquerait de ressortir d’entre les autres, c’est bien sûr le prix du pétrole, pour ne mentionner que cette ressource en particulier. En effet, la valeur économique de l’or noir ne pourra faire autrement que de continuer à grimper en même temps que sa rareté, et peut-être même d’une façon carrément exponentielle, dans la mesure où, d’une part, il s’agit d’une ressource non-renouvelable, tandis que nous en sommes d’autre part toujours plus dépendants, l’activité économique mondiale croissant à un rythme toujours plus grand et demandant donc de plus en plus de pétrole, alors que les réserves pétrolifères existantes sont toujours plus difficiles d’accès, et donc couteuses à exploiter.

On pourrait être porté à se dire que le prix du pétrole pourra bien continuer à gonfler indéfiniment, et qu’à la limite, ce ne serait que d’autant plus « dommage » pour notre portefeuille individuel… Sauf que le vrai problème, c’est qu’en continuant à enfler de la sorte, celui-ci ne pourra faire autrement que d’éventuellement atteindre un seuil à partir duquel l’économie ne pourra plus s’adapter… Le moins pire qui pourra se produire serait alors un ralentissement général ; or, c’est justement à partir de là que les choses risqueraient de se compliquer tout autrement plus sérieusement…

En premier lieu, nous savons tous qu’un ralentissement tend habituellement à s’alimenter de lui-même, ne serait-ce que pendant une période plus ou moins prolongée. En second lieu, des mesures de stimulation économique étatiques ne pourront vraisemblablement plus être envisagée, étant donné que la plupart des États à travers le monde, y compris le nôtre, ont à peu près fini d’utiliser en 2008 toute la « marge de crédit » dont ils disposaient, sans que cela ait d’ailleurs permis à l’économie mondiale de réellement se relever. En troisième lieu, il faut garder en tête qu’une réelle pénurie de pétrole aurait pour effet de non seulement compliquer sérieusement  la relance économique, mais de faire disparaître l’une des assises les plus fondamentales sur laquelle l’économie mondiale a pu reposer jusqu’ici soit l’accès à du pétrole à bon marché….

Si cela n’est alors pas suffisant en soit, il ne restera plus qu’à attendre qu’un des autres maillons de la chaîne économique lâche pour de bon pour que l’on puisse assister à un déraillement global d’une ampleur plus grande qu’à peu près tout ce qu’on a pu voir jusqu’ici…

Se pourrait-il donc, en ce sens, qu’il nous faille déjà commencer à nous préparer à la possibilité d’avoir à vivre la transition, et ce d’une façon plus ou moins abrupte, à une ère post-pétrolière et donc post-industrielle, comme nous en préviennent d’ailleurs des institutions comme le Club de Rome où le mouvement des Villes en Transition, pour ne nommer que celles-ci ?

Une chose paraît on ne peut plus claire, en tout cas, et c’est que le pétrole à bon marché, comme toute « bonne » chose, connaîtra forcément une fin, un jour ou l’autre… Alors le « gros bon sens » le plus élémentaire ne commanderait-il pas d’au moins commencer à s’interroger sur ce que l’on pourrait ou devrait faire à partir d’un tel moment, plutôt que de continuer, comme nous le faisons présentement, à faire comme si de rien n’était ?

Charles-Olivier B. Tremblay