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Lorsque l’on démontre une certaine préoccupation quant à la protection de l’environnement, il faut apparemment savoir s’attendre à toutes sortes de réactions des gens de son entourage… Et à en juger par la teneur de certains commentaires qui parfois peuvent être faits à l’endroit de ceux que l’on pourrait désigner comme les « amis de l’environnement », on pourrait croire que ces derniers sont souvent considérées comme devant être « capables d’en prendre », voir même comme méritant qu’on leur rappelle, une fois de temps en temps, de ne quand même pas « trop prendre de place » non plus…

J’ai d’ailleurs pu voir récemment un exemple plutôt frappant de cet état de chose, alors qu’un « ami de l’environnement », qui se trouve également à être une personne de ma connaissance, s’est vue critiquer par une autre personne que je connais, mais ce bien sûr en l’absence du principal intéressé…

Toujours est-il que, dans le but manifestement de discréditer cet « ami », et plus spécifiquement de mettre en doute sa capacité à « joindre le geste à la parole » pour ce qui est de veiller à minimiser son empreinte écologique, on aura émis un commentaire qui me paraît révéler énormément de choses sur le système de pensée de ceux que l’on pourrait désigner, toujours dans un but de simplicité, comme les « sceptiques de l’environnement », et que je pourrais en fait définir comme « ceux qui ne semblent pas nécessairement considérer comme étant particulièrement pressant de se soucier de l’environnement, et plus précisément de le faire d’une façon aussi concrète que systématique »…

Voici donc, essentiellement, ce en quoi consistait ce remarquable argument qu’un « sceptique de l’environnement » aura pu émettre à l’endroit d’un « ami de l’environnement » : « Il peut ben faire son fin, mais tout comme moi, il met du gaz dans son char pour aller à sa job le matin ».

Comme c’est souvent le cas, il me semble que cet énoncé se trouve à parler au moins autant par ce qu’il ne dit pas que par ce qu’il dit.

Pour commencer, c’est un peu comme si cette affirmation était incomplète, et qu’elle nous invitait en fait à en deviner la suite, que l’on pourrait peut-être rendre par les termes suivants : « Comme il met du gaz dans son char, il est pas mieux que moi, alors il est assez mal placé pour dire quoi faire pour l’environnement ».

Ce que je trouve personnellement le plus intéressant avec un argument de ce genre, c’est que plus je l’analyse, et plus je peux y dénicher de nouvelles aberrations.

Prenons par exemple la première « traduction » que je pourrais en faire, et que je formulerais à peu près comme suit : « Hein ! T’es donc ben pas fondamentaliste dans ton environnementalisme ! T’es même pas dogmatique, alors t’as aucune crédibilité ! ».

Je pourrais également m’amuser à expliquer un peu plus en détail la « traduction » que je viens de faire… Et cela pourrait donc donner quelque chose comme ceci : « Moi, je ne respecte que les radicaux et les fanatiques, pis toi, tu n’es qu’un vulgaire modéré qui ose faire des compromis ! Dans le fond, tu ne fais même pas de ton environnementalisme une religion ! Et comme chacun le sait, à quoi cela sert donc d’adopter une philosophie de vie et de faire des efforts en ce sens, si l’on en fait pas une religion ? Et à quoi servent les religions, si l’on ne peut en tirer des lignes doctrinales que l’on doive suivre à la lettre, et surtout si l’on ne peut pas condamner comme hérétiques tous ceux qui osent en défaillir ! »…

Le plus drôle dans tout cela, c’est bien entendu qu’à la base, les « sceptiques de l’environnement » sont sans doute loin d’être conscients que, de par leurs « arguments », ils paraissent invoquer eux-mêmes invoquer la nécessité de se plier à une certaine forme de religion, voire même de fondamentalisme… Mais surtout, ce qui me paraît le plus surprenant, c’est qu’en se faisant, ils se trouvent en fait à « donner des leçons de fanatisme » à ceux qui, de leur propre aveu, sont pourtant plus tout autrement « pratiquants » qu’ils ne peuvent l’être eux-mêmes ! Difficile de trouver, en d’autres termes, un meilleur exemple de la notion de vouloir, ou plutôt de faire comme si l’on était « plus catholique que le pape », et ce tout en exigeant que l’on « fasse comme je dis, mais pas comme je fais » !

Je reviendrai d’ailleurs à ces aspects d’ici quelques lignes… Parce qu’il me semble en effet y avoir encore trop de choses à dire à ce sujet, et je ne peux évidemment pas tout dire en même temps !

Continuons donc, en un premier temps, d’examiner toutes les étranges conceptions que paraît supposer l’argument mentionné plus haut.

  1. À en croire la personne qui l’a formulé, il faudrait dire adieu à la notion d’équilibre : pas question donc de faire la part des choses entre ce qui peut être le plus utile ou nécessaire dans notre mode de vie actuel, non, la « religion environnementaliste » doit être appliquée à la lettre dans tous les contextes, et ce sans exception.
  2. Évidemment, il importe peu de savoir qui au juste, ou quel « pape » justement se trouve à imposer de tels commandements, ou de savoir en fait si de tels commandements aient jamais pu être promulgués… En bout de ligne, ce qui semble donc compter pour les sceptiques, ce n’est manifestement pas les faits et la réalité, mais bien la perception qu’ils peuvent avoir de ceux qu’ils qualifient avec dédain de « tree huggers »…
  3. Peu importe également que des commandements aussi stricts représentent vraisemblablement l’opposé de ce que peuvent préconiser les « sceptiques » de l’environnement, et que l’on pourrait probablement désigner par des termes comme « l’équilibre » ou la « modération »… Autrement dit, c’est un peu comme si les sceptiques préféraient garder pour eux-mêmes de telles valeurs, pour ensuite mieux reléguer les « amis de l’environnement » au cadre fondamentaliste qui aura été créé à leur attention par nul autre que les sceptiques eux-mêmes… Ils se réservent donc le droit de se baser sur les principes qui constituent le fondement de leur position, tout en ordonnant à leurs adversaires de se plier à des dogmes qu’ils sont pourtant les premiers à réprouver, et ce même s’ils en sont manifestement les créateurs, puisqu’ils sont les seuls à y référer.
  4. C’est un peu comme si les sceptiques, finalement, ne souhaitaient surtout pas que les « amis de l’environnement » prennent ce qu’il y a de bon dans leur position, peut-être parce que cela pourrait donc entraîner une harmonisation de deux perspectives qu’ils souhaitent plutôt garder opposées, ou faire paraître comme telles… Et peut-être surtout parce que cela ôterait à leurs « adversaires » une crédibilité à laquelle ils ne voudraient surtout pas les voir accéder…
  5. Exit également les notions, pour ce qui est de réduire son empreinte écologique, d’y aller progressivement et à son rythme, et surtout d’y aller par priorités… Non, car pour les sceptiques, tout doit apparemment être fait tout de suite, et aucune forme d’exception ne saurait être tolérée.
  6. C’est à croire que, selon les sceptiques, il nous faudrait tout bonnement retourner à l’âge de pierre, ou encore vivre comme un sans-abri, ou comme on peut être forcé de le faire dans le Tiers Monde… Car comment interpréter autrement, en effet, le fait qu’il devrait selon eux être un « devoir » pour tous, ou du moins pour ceux qui souhaitent réduire leur empreinte écologique, de purement et simplement abandonner sa voiture ?
  7. Cela nous conduit d’ailleurs à ce paradoxe : à en croire les « sceptiques », les « amis de l’environnement » ne devraient pas être félicités ou valorisés, mais plutôt forcés moralement à en faire toujours plus… Belle façon d’encourager les gens à faire des efforts pour réduire leur empreinte écologique !
  8. En bout de ligne, tout cela dénote en fait une conception de la justice pour le moins originale: ainsi, il semble que selon les « sceptiques », ce soit à ceux qui en font le plus d’en faire toujours plus, tandis que ceux qui en font le moins peuvent non seulement se permettre à peu près tout ce qu’ils veulent, mais peuvent même se permettre de donner des leçons à ceux qui en font plus qu’eux !

Et de toute façon, que proposent les « sceptiques », au juste ? De polluer l’environnement à qui mieux mieux, et de s’assurer que l’on ose surtout pas remettre en question ses habitudes de vie ?

Avec un objectif aussi insensé, ce n’est peut-être pas si étonnant, après tout, de constater que les supposés « arguments » sensés supportés leurs positions soient tout aussi abracadabrants, d’autant plus qu’ils ne servent, selon toute vraisemblance, qu’à maquiller le fait que celles-ci sont justement infondées !

Alors à chacun sa logique !

Charles-Olivier B. Tremblay

Jeudi, 12 juin 2014

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