industrialisation

Voici ce que constituerait ma réponse, point par point, au Unabomber, aux luddistes et néo-luddistes, et à tous les autres critiques de l’industrialisation en tant que telle…

Comment être véritablement conséquent dans ses actions, si l’on refuse l’industrialisation, à moins de se faire ermite ?

Critiquer l’industrialisation, c’est un peu beaucoup comme critiquer le capitalisme : c’est bien beau, mais est-on seulement en mesure de proposer une solution de remplacement qui soit aussi crédible que plausible ?

Si on ne prend que les effets de l’industrialisation sur la société et sur l’homme, et si on les prend vraiment dans leur ensemble, peut-on vraiment affirmer que les effets de l’industrialisation ne se seraient pas avérés largement positifs, en terme de « bénéfices nets », ne serait-ce qu’en considérant l’accroissement sans précédent de la prospérité humaine, et son effet on ne peut plus significatif sur la longévité, pour ne prendre que cet exemple, et sans même parler du fait qu’il nous est manifestement impossible de nous en passer, et ce partout à travers le monde, et donc tant dans les sociétés plus « primitives » que dans les sociétés industrielles en tant que telles ?

Pourrait-on vraiment affirmer qu’il n’y a pas de problèmes avant l’industrialisation ? Autrement dit, l’homme aurait été parfaitement sain avant l’arrivée de l’ère industrielle, et aurait été soudainement corrompu par celle-ci ? L’homme ne serait donc que « l’innocente victime » de sa propre création ?

Si on avance que ce n’est que l’industrialisation en tant que telle qui soit le problème, cela reviendrait donc à dire, si je comprends bien, qu’aucun problème significatif ou fondamental puisse être observé aux autres niveaux de la société, de la défense à l’éducation en passant par le divertissement, la communication et la spiritualité ? Et là encore, si problème il y a, il ne découlerait que de l’industrialisation elle-même, de sorte qu’avant l’ère industrielle, aucun caractère fondamentalement nocif n’aurait supposément pu être relevé dans ces autres secteurs de l’activité humaine ?

D’ailleurs, c’est une chose de considérer que « l’industrialisation est le mal ultime », mais c’en est une autre de définir ce qu’on entend exactement par industrialisation, et ce que l’on trouve de mal exactement dans celle-ci… Si par exemple c’est la notion même d’industrie qui est considérée comme étant « mauvaise », cela impliquerait donc que l’humanité ait fait fausse route dès l’apparition de la première industrie ? Et au fait, où au juste faudrait-il placer cet événement sur la ligne du temps ? Dès l’apparition des premières forges de l’Âge de bronze, plusieurs milliers d’années avant Jésus-Christ, et donc dès l’apparition de la première véritable industrie métallurgique ? Dans ce cas, aussi bien dire que l’histoire humaine dans son ensemble, et qu’il y aurait donc un problème fondamental avec l’humain lui-même, ce qui me semblerait avoir le mérite d’être tout autrement plus cohérent et clair comme position, tandis qu’il faudrait alors reconnaître que cette dernière s’harmoniserait alors tout naturellement avec ce qui a pu être dit et pensé sur l’homme dans la plupart des approches et traditions philosophiques, religieuses et spirituelles depuis des temps immémoriaux !…

Le véritable problème de l’industrialisation, comme d’ailleurs de la technologie (et d’à peu près tout, pendant qu’on y est !), est-ce vraiment l’industrialisation en elle-même, ou plutôt ce qu’on a pu en faire ? Et quand on réalise à quel point il nous serait aisé de « revirer cela de bord », à travers quelque chose d’aussi simple que nos habitudes de consommation, dans le mesure où, si nous voulions, nous pourrions changer le visage de l’industrie, de l’humanité et de la planète en entier en veillant tout bonnement à ne s’approvisionner qu’en produits écologiques et équitables, et surtout en le faisant d’une façon qui soit moindrement systématique, et que ne pourtant nous ne le faisons pourtant pas, ne devient-il pas alors plutôt clair que le problème soit tout autrement plus fondamental que l’industrialisation elle-même, et ait en fait surtout à voir avec la personne humaine en tant que telle ?

Remarquez que je n’ai justement parlé, dans ce dernier point, que de vulgaires habitudes de consommation, car il me semble assez évident qu’un raisonnement similaire pourrait être appliqué tout aussi bien au niveau politique, surtout quand on considère à quel point il est facile de déplacer son X sur un bulletin de vote d’une case à une autre, mais aussi à tous les autres sphères de l’activité humaine ! Comment prétendre, par exemple, que nous ne pourrions pas sauver à la planète une quantité incalculable de problèmes si l’on prenait simplement le temps de penser avant de parler, et ainsi d’au moins s’assurer de communiquer d’une façon non-violente ? Quand on constate donc qu’il n’y a sans doute rien que nous ne pourrions changer, si nous le voulions vraiment, et que pourtant nous n’en faisons rien, comment alors le fait d’attribuer à l’industrialisation tous les maux de la terre ne pourrait pas apparaître on ne peut plus clairement comme un exemple de plus de cette tendance éminemment humaine à s’empresser de désigner un bouc émissaire pour éviter de prendre ses propres responsabilités, comme si elle n’avait justement d’autre préoccupation, en bout de ligne, que de tout faire en sorte pour éviter de changer, ou du moins de se regarder en face ?

Charles-Olivier Bolduc
Jeudi, le 7 août 2014

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