nofutureJ’ai souvent l’impression que le fait de rechercher ce qui est idéal n’est pour ainsi dire pas nécessairement à la mode, par les temps qui courent. En fait, il paraît même souvent déplacé de proposer ou même de concevoir qu’une façon de faire ou de penser puisse être meilleure qu’une autre, peut-être parce que cela représente une sorte d’hérésie par rapport au relativisme qui semble désormais devoir régir à peu près tous les aspects de nos vies. Plus globalement, ce n’est sans doute même pas une découverte que d’observer que l’idéalisme en tant que tel n’aie plus la cote, le cynisme l’ayant manifestement remplacé depuis longtemps.

Là ou je m’interroge, c’est cependant lorsque je me pose la question suivante : « peut-on seulement vivre ou fonctionner sans idéalisme, ou sans la notion que certaines choses soient meilleures que d’autres ? »

Car si l’on discrédite au départ la notion que l’on puisse rendre le monde meilleure, ne se trouve-t-on pas du même coup à enlever la pertinence à quelque forme de politique que ce soit, de même qu’à saper la base même du progrès, que ce soit notamment au niveau scientifique ou technologique ?

Et parlant de science, comment celle-ci pourrait-elle même exister sans cet axiome selon lequel certaines affirmations ou conclusions soient meilleure que d’autres, ou plus exactement que certaines soient fondées et donc vraies, tandis que d’autres soient au contraire carrément fausses ?

Cela me fait d’ailleurs penser au fait que l’on paraît se méfier de nos jours de toute forme d’argumentation rationnelle… Et comme de raison, il me semble que l’on n’aura sans doute jamais vu foisonner autant d’irrationalité, que ce soit dans les comportements ou les mentalités…C’est donc un peu comme si l’on voulait que la logique et la démarche scientifique se cantonne à l’univers strictement matériel, et ne s’aventure surtout pas dans ce qui compte le plus, soit nos façons de penser et d’agir… Autrement dit, tant que le progrès, la science et la logique nous livrent des téléphones cellulaires toujours plus petits et munis de toujours plus de gadgets, c’est correct, mais il ne faudrait quand même pas que cela nous force non plus à nous poser trop de questions, et surtout à nous remettre en question…

Pourtant, qu’y a-t-il de plus banal et familier que de dire, au magasin par exemple, que « telle chose est meilleure qu’une autre »… du moment ou l’on aura bien identifié (en principe d’une façon là encore rationnelle…) les critères de sélection devant guider son choix… N’est-ce pourtant pas la pure et simple logique qui se trouve à sous-tendre une démarche de ce type ? Et cet exemple ne démontre-t-il pas à quel point peuvent être intimement imbriquées à nos vies des actions aussi élémentaires que celle de faire un choix à l’issue d’un processus analytique, et celle de tendre ainsi vers ce qui représenterait donc la « meilleure » option ou solution, ne serait-ce que pour soi, et selon les critères que l’on aura soi-même définis ?

Alors quel sens pourrait-il y avoir à renier ce qui semblerait donc constituer rien de moins que l’un des fondements de notre existence ? Et si l’on peut tous appliquer la logique et la « recherche de ce qui est le mieux » à l’achat d’une simple paire de souliers, ne devrait-on donc pas pouvoir en faire au moins autant pour ce qui est de déterminer ce qui serait dans le meilleur intérêt de notre société, ou de l’humanité dans son ensemble ?

Charles-Olivier Bolduc

Dimanche, 2 mai 2015

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