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Je ne devrais pas avoir besoin de convaincre qui que ce soit du fait que Stephen Harper devrait être remplacé. Dix ans d’un tel règne, c’est déjà beaucoup trop ; alors imaginez quinze !

Et le pire dans tout ça, c’est que c’est bel et bien ce qui se produira si nous continuons de voter comme nous l’avons toujours fait, au même titre que les mêmes causes finiront toujours par produire les mêmes effets…

C’est donc tout ce qu’il y a de plus prévisible, et c’est d’ailleurs ce qui se produit à chaque nouvelle élection fédérale : nous éparpillons nos votes d’un côté comme de l’autre, en les saupoudrant sur chacun des quatre partis d’opposition, puis l’on s’étonne et l’on ose se plaindre que le parti au pouvoir soit réélu avec un minimum de votes, ce qui ne pouvait pourtant faire autrement que d’arriver, dans la mesure où aucun autre parti n’aura ainsi pu se voir supporté d’une façon suffisamment forte et conséquente pour au moins avoir plus de votes que ce dernier.

J’ai personnellement été emmené à prendre conscience de cette dure réalité d’une manière aussi concrète que douloureuse, lors de l’élection de 2011, alors que j’étais moi-même candidat pour le Parti Vert : il faut avouer qu’il est en effet pour le moins embêtant, quand on souhaite promouvoir des valeurs telles que celles du Parti Vert, que de réaliser qu’on ne se trouve, au bout du compte, qu’à faciliter la réélection d’un gouvernement conservateur tel que celui de Stephen Harper !

Cela m’avait donc emmené à donner mon vote d’abord à Dany Morin du NPD, puis à Robert Bouchard du Bloc Québécois, pensant que c’était lui qui avait le plus de chances de remporter la circonscription, l’ironie du sort étant bien sûr que la vague orange aura alors décidé de déferler sur le Québec… Cela rappèle d’ailleurs que les sondages sont évidemment loin d’être parfaits ; ils n’en sont pas moins, et ce d’une façon toute aussi évidente, le meilleur indicateur des intentions de vote, et donc du candidat qui s’avère en meilleure posture pour battre celui du parti au pouvoir. Autrement dit, si, à travers tout le pays, nous nous donnions comme mot d’ordre de voter en fonction des sondages, ou si vous préférez de façon « stratégique », sans doute y aurait-il quelques petits faux pas, mais une chose est absolument certaine, et c’est qu’Harper serait alors immanquablement remplacé, d’autant plus que plus de 60 et près de 70 % des électeurs se trouvent à voter contre lui… Or en ne votant pas ensemble, ils ne réussissent justement qu’à créer la division qui permet à Harper de régner depuis déjà trois élections.

Cette dynamique, Harper lui-même l’avait manifestement compris mieux qui quiconque, en se donnant comme première priorité, du moment où il fut désigné chef du Parti progressiste-conservateur de Brian Mulroney, de fusionner celui-ci avec l’autre parti conservateur qu’il pouvait y avoir à l’époque, celui de l’Alliance Canadienne de Stockwell Day, ce qui aura d’ailleurs permis aux conservateurs de reprendre le pouvoir, et de le garder d’ailleurs jusqu’à aujourd’hui !…

Pour ma part, lorsque je parlais de ces choses, en 2011, j’avais surtout l’impression de prêcher dans le désert… Or c’est maintenant beaucoup moins le cas, notamment depuis que des initiatives populaires telles que Vote Together sont venues s’ajouter à d’autres qui existaient déjà, et notamment au site Threehundredeight.com ; une chose est sûre, et c’est qu’il n’y aura sans doute jamais autant eu d’outils permettant d’en savoir autant que possible sur les intentions de vote dans chacune des circonscriptions du pays, et donc sur le candidat pour lequel il faudrait voter, si notre but est réellement de défaire les conservateurs.

J’inviterais par ailleurs l’électeur à ne pas trop s’en faire avec le discours de leurs candidats progressistes, et qui tournera invariablement autour de la notion qu’il faudrait supposément voter « avec son coeur » : premièrement, ils n’ont même pas la possibilité de dire autre chose, puisque cela irait évidemment à l’encontre de leurs partis respectifs… Et deuxièmement, s’il est vrai que l’on pourrait idéalement pouvoir se permettre de décider avec son coeur, comme on pourrait par exemple le faire dans une démocratie proportionnelle (voire d’ailleurs l’article que j’ai justement rédigé à cet effet lors de la dernière élection fédérale), il semble bien qu’il faille parfois aussi savoir décider avec sa tête, lorsqu’on se trouve par exemple à devoir composer avec un système électoral vétuste et brisé comme le nôtre, et surtout lorsque l’on doit faire face à une menace telle qu’une nouvelle réélection d’Harper.

J’avoue que dans mon cas, il ne sera pas trop difficile de voter pour Dany Morin, apparemment favori jusqu’ici dans les intentions de vote, puisque j’ai toujours été sympathisant du NPD, dont les valeurs sont évidemment très proches de celles du Parti Vert, sans parler du fait qu’il s’agit d’un homme intègre qui me paraît faire un excellent travail de député. Mais le véritable courage, dans une élection comme celle-ci, ce serait d’aller jusqu’à voter, si c’est vraiment nécessaire, pour quelqu’un que l’on n’aime même pas nécessairement, et qui serait même associé à un parti dont on ne partage pas les idées, voire même auquel on serait carrément opposé !

De toute façon, quand on y pense, on ne peut pas nécessairement être si « mal pris » que ça puisque, si l’on considère les partis dont les candidats pourraient être en mesure de vaincre ceux d’Harper, dépendemment de la circonscription, tous sont progressistes, et partagent donc, à la base, un même « fonds commun » de valeurs et de priorités… ce qui rend justement d’autant plus absurde le fait qu’ils s’entêtent encore à se diviser entre eux !

Et on ne pourrait sans doute pas concevoir un exemple plus éloquent du fait qu’en démocratie, ça n’a en fait jamais été la responsabilité des partis ou de leurs représentants, mais bien des électeurs, que d’assurer la bonne marche du système, et ultimement de veiller à ce qu’en bout de ligne, ce soit surtout le bon sens qui finisse par triompher.

Charles-Olivier Bolduc
Ex-candidat pour le Parti Vert dans la circonscription de Chicoutimi-Le-Fjord

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